jueves, 18 de junio de 2015

Paul Éluard - Últimos poemas de amor




Paul Éluard - Derniers poèmes d'amour 




 Ma morte vivante                                     Mi muerta viva

Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie

Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent
J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.


En mi tristeza, nada está en movimiento
Espero, nadie vendrá
Ni de día, ni de noche
Ni nunca más de lo que fue yo mismo

Mis ojos se separaron de tus ojos
Pierden su confianza, pierden su luz
Mi boca se separó de tu boca
Mi boca se separó del placer
Y del sentido del amor, y del sentido de la vida
Mis manos se separaron de tus manos
Mis manos dejan escapar todo 
Mis pies se separaron de tus pies
Ya no avanzarán más, no hay más camino
No conocerán más mi peso, ni el descanso

Se me dio ver mi vida acabar
Con la tuya
Mi vida en tu poder
Que creí infinita

Y el porvenir mi única esperanza es mi tumba
Como la tuya, cercada por un mundo indiferente
Estaba tan cerca tuyo que tengo frío cerca de los otros.